No, we can’t !

« Que reste-t-il du 5 octobre 1988 », se demandait « Algérie 360 », dans son édition du 3 octobre ? Octobre a produit le multipartisme. De façade. Depuis 28 ans, nous sommes tirés vers là où veulent nous conduire les appareils politique de déconstruction – reconstruction. Ceux, justement, dont on a voulu libérer les mouvements. L’Infitah. Autre chose ? Réponse : la liberté de la presse. En d’autres termes, apprendre, sous leur propre signature, « qui pense quoi », soulageant la police politique de ce « travail ». En dehors de ça, c’est le règne du béton. Un mur entre le peuple et le pouvoir.

« Lors de son passage sur le TOP 3, écrit Benchenouf Djamaladdine, M. Ali Benouari a manifesté son amertume, et sa lassitude. Il a dit ne plus comprendre que les Algériens puissent ainsi rester passifs, devant de telles menaces, sur leur pays, sans s’organiser, sans se mobiliser.

Dans les colonnes d’El Watan », Omar Aktouf, expert international reconnu, sollicité, professeur HEC Montréal, Québec, écrivait de son coté: « j’ai décidé de ne plus me prononcer sur ce qui se passe en Algérie … C’est là une décision prise quelque temps après ma participation au débat CNES – experts gouvernement il y a un an, le 22 septembre 2015 »… «  j’ai l’impression, après un certain Simon Bolivar, de sans cesse « labourer la mer ».

Point de rupture ? Le 2 Novembre 2014, dans un entretien réalisé par Brahim Taouchichet, pour Le Soir d’Algérie, il déclarait déjà : « Il nous faudrait un vrai miracle (comme un soudain sursaut de lucidité et d’urgente révision en profondeur des manières de gérer le pays) pour espérer – s’il en est encore temps — rattraper par petits bouts tant d’années perdues et de gâchis. Si des pays comme la Malaisie et comme beaucoup de ceux d’Amérique latine que je connais bien ont réussi ce genre de «sursauts», pourquoi pas nous ? C’est là un des aspects de ce que je dénomme mon «paradoxal espoir algérien ».

Le 17 septembre, je recevais, du Caire, un mail d’une écrivaine égyptienne, anglophone, Ahdaf Souief. Dans un moment de déprime, elle écrivait dans son blogue : « Puisque je suis en colère ce matin, et ne pouvant me concentrer sur quoique ce soit, j’ai décidé de me contenter de vous rapporter les activités du gouvernement égyptien et ses actions judiciaires ces dernières 24 heures ». Suis une longue liste de jeunes gens arrêtés en pleine rue du Caire, puis disparus. Elle énumérait les « libertés » prises par le pouvoir à l’égard de toutes personnes avec, pour mince lueur d’espoir de justice, le rejet par une cour de « sanctifier » la décision du gouvernement d’abandonner deux îles aux saoudiens pour en faire des bases. Elle ajoutait : « le gouvernement a fait appel de la décision ». Certaine que l’issue de ce recours renversera le jugement précédent.

Les dictateurs se suivent et se ressemblent. Les observateurs aussi. Pauvres révolutions.

Maintenant, diagnostic.

La journaliste tunisienne Khadija Mohsen-Finan, demandait à Aziz Krichen ( sociologue, écrivain, figure de la gauche tunisienne dans les années 60, inspirateur du mouvement « Perspectives » des années 70, ministre du président Moncef Merzouki puis membre du Bureau Politique du Congrès pour la République dont il démissionnera) : « selon vos propos, après 2011, la classe politique tunisienne a «  confisqué le soulèvement  ». Il répondait : « en réalité, le terme de confiscation est impropre. Cela voudrait dire que la révolution était entre certaines mains et qu’elle serait ensuite passée à d’autres. Or, ça n’est pas ce qui s’est produit et ça ne se produit jamais ainsi ».

De simples plaques politico-tectoniques qui s’ajusteraient donc.

Le fils de … remplace le père de … La réélection contestée du président Ali Bongo, au Gabon, les multiples mandats accumulés par son « alter ego » du Zimbabwe, Robert Mugabe, les tripatouillages de la constitution du Rwanda par Paul Kagamé, le refus du congolais Kabila de céder le pouvoir et du Burundais Pierre Nkurunziza qui s’accroche, au prix du sang, à « son » poste – tous mal élu, en violation de la Constitution du pays – répondent, version « soft », George W. Bush succédant, à quelques encablures, à son père Bush Sr, et Hillary Clinton espérant occuper le bureau ovale de la Maison Blanche quelques années après son mari Bill Clinton. Enfin, Trudeau, au Canada, conquiert le pouvoir après son oncle.

Des monarchies de prédateurs, avec des pointillés entre les règnes, se sont constituées. Dans les faits, les monarchies parlementaires, les vraies, celles de Suède, du Danemark, de Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, d’Espagne, et du Royaume-Uni, durables, éternelles même, sont exemplaires en termes d’exercice démocratique. Elles échappent aux attentats constitutionnels permanents.. Le roi ou la reine sont des symboles de l’Etat. Rien de plus. Le Parlement acte. Désigne un Premier ministre. L’alternance au pouvoir va de soi. Résultat, en Suède, on ferme les prisons. Faute de pensionnaires, elles n’ont plus leur raison d’être.

Curieux renversement de l’histoire qui fait des monarchies parlementaires des donneuses de leçons de pouvoir républicains, au sens fort du terme, aux « républicains » qui embastillent ! Des monarchies où l’on peut manifester sa désapprobation dans la rue ! Où l’intelligentsia s’exprime. Où une pétition engage le parlement à discuter du sujet comme en Grande Bretagne. Où l’on ne décrète pas, pour se protéger de la colère populaire, l’état d’urgence, reconductible. Souvent permanent ! Où le poids de l’état est supportable. A de rares exceptions près, il est vrai. Tout près de nous. Curieux.

Développant ces arguments, le fils ainé affirma à ses amis, au cours d’un diner, dans son langage : « Papa vient de découvrir que la démocratie c’est du bidon ».

Comment ne pas en douter, en effet ? Les « républiques low cost », pour se maintenir, réduisent au silence leur intelligentsia. Ou l’ignorent. L’opposition dénonce la route qui mène au gouffre. Et puis ? Comment freiner cette marche vers l’abîme ? La II ème République s’en chargera, dit-on. Sans doute celle qui mijote les moyens et les voies pour péréniser le système en place. Héréditaire. En verrouillant tous les accès à une alternance plurielle. Pour nous faire l’économie d’un autre 5 Octobre. Eviter le chaos, diraient-ils. Ce qui, traduit en clair, veut dire, « préserver nos acquis ».

Faut dire qu’ils y sont aidés. Par les tentations de la politique de la chaise vide en prévision des législatives que certains partis voudraient boycotter. En clair, si la décision est prise, si un seul parti décide d’y participer, cela reviendra à disqualifier la coordination de l’opposition, favorisant, du coup, le retour flamboyant du médiocre système à Parti Unique composé de candidats de FLN et de deux ou trois partis croupions. Comme dans la formule du « bon vieux temps », l’électeur aura à choisir entre des candidats soudés comme des moules au rocher du pouvoir.

Je pourrai m’arrêter là. Me limiter à ces constats. Me lamenter si les fantômes de politiques, d’universitaire, des dizaines de journalistes, de personnages au sommet de la représentation culturelle, de femmes et d’hommes de convictions ne nous rappellent pas qu’eux, ils n’ont pas baissé les bras devant le feu ni baissé les yeux devant leurs assassins. En pleine « zone des tempêtes ».

Alors, je m’interroge. Comment peut-on baisser les bras devant l’incompétence, la prédation qui conduit à démanteler la société ! Et, partant, abandonner le camp des idées à la médiocrité ? Serait-on trop pressés de voir fleurir les arbres à peine plantés ? Abandonner le champ aux dirigeants d’un capitalisme sauvage qui dilapide les « bijoux de famille » acquis au prix du sang ?

 

  1. Aktouf dit : « Pour dire vrai, je ne comprends absolument pas les raisons de cet ostracisme, alors que des experts et enseignants étrangers qui ont été formés avec mes livres et mes autres écrits sont régulièrement invités en Algérie. » L’important, n’est-ce pas le VERBE ? La transmission ?

Mais il y a « urgence ». Certes. Cependant, un changement de mentalités ne relève pas d’une « génération spontanée ». Les militants obscures, ou plus illustres ont puisé des écrits, dans des discours, en un mot, dans le VERBE leur raison de vivre. « Je n’ai pas connu de défaites, disait Nelson Mandela, mais appris des leçons ». Car il ne suffit pas, pour reprendre la réponse de Camus à Jean-Paul Sartre, de «  placer son fauteuil dans le sens de l’histoire » et s’en satisfaire.

Les luttes de Jugurtha, de Fatma N’soumer, de la Kahina, de l’Emir Abdelkader, d’El Mokrani, et de tant d’autres, ne furent pas de futiles accrochages stériles. Nierait-on, par ailleurs, le rôle de l’intellectuel dans le recouvrement de la langue Amazight ? Ou la contribution décisive des enfants, nourris du Verbe, qui ont occupé les rues de Kabylie, d’Alger et d’ailleurs, offrant leurs poitrines à la répression pour obtenir l’établissement du droit ancestral à la culture Amazight ? Tout cela, grâce au verbe.

Il se trouvera toujours des milliers « d’apprenants » qui attendront, à la suite de leur testament, des codicilles. Pour les éclairer. Pour éviter le chaos programmé et le retour à la case départ. Comme en Egypte. Comme en Tunisie. Ouvrant la voie aux Amara Benyounès.  Ou Ali Haddad réclamant tout le bras après s’être saisi de la main lui fut tendue, se substituant au gouvernement supposé régulateur des investissements, proposant une médication prédatrice meurtrière, sous sommation, déclarant à Constantine : « nous disposons de trois quatre années pour inverser totalement la tendance » !

Je crois entendre Aktouf se confiant dans l’interview citée plus haut.

Sauf que les deux hommes ne servent pas les mêmes idéaux. Et pour écrire ces mots, il a bien fallu que je lise ses déclarations et contributions.

 

Catégories : Chroniques

Laisser un commentaire