Le paradoxe de la grenouille

« Le paradoxe de la grenouille se fonde sur l’idée que si l’on plongeait subitement une grenouille dans de l’eau chaude, elle s’échapperait d’un bond. Alors que si on la plongeait dans l’eau froide et qu’on portait très progressivement l’eau à ébullition, la grenouille s’engourdirait ou s’habituerait à la température et finirait ébouillantée. »

Dans une chronique, parue dans le Quotidien d’Oran, le 24 Janvier 2014, intitulée le « cinquième pouvoir », par dérision, j’écrivais ceci :

« Sur l’écran de vos ordinateurs, citoyens, tracez un tableau excell ou word composé de trois colonnes. Sur la colonne de gauche, relevez les brillants articles, incisifs, des confrères dénonçant, avec fougue et patrio­tisme, ce qui ne tourne pas rond dans un système qui se dit démocra­tique. Sur la colonne à coté, insérez les décisions prises par l’exécutif pour mettre un terme à la gabegie dénoncée. Enfin, dans une troisième et dernière colonne, indiquez  les outils mis en place pour que ces fautes ne se répètent pas. En indiquant les moyens de contrôle mis en place. Et observez les résultats.

Ne voyez vous pas trop de blanc sur les deux colonnes de droite ?

Que les dénonciations ont été dument relevées sans qu’aucune décision ne soit prise pour y mettre un terme ? Qu’aucun outil juridique et législatif ne les a accompagné pour les éviter plus tard ? »

Je concluais « Troublant, non ? »

Plus de deux années plus tard, il ne semble pas que les choses aient évolué.

La situation est plus troublante encore. Le régime est toujours là. Opaque. Ne laissant rien paraître. Les décisions sont prises, ex nihilo. Des feux de diversions sont allumés pour réduire la vigilance sur l’essentiel, laissant le patronat poursuivre son parcours. Nous voici, à ce jour, réduits à prendre position en faveur d’un magnat, M. Rabrab, à qui on refuse l’achat d’un groupe de presse écrite et télévisuel. Au nom de la liberté d’expression. Des puissants. Celle qui permet, justement, à un autre magnat, M. Haddad, de prendre possession, sans qu’un sourcil bouge, d’autres organes de presse.

L’intelligentsia prend le maquis au nom du quatrième pouvoir. Non pas pour dénoncer cette dérive, l’accaparement progressive des organes de presse par les hommes de l’ombre et du capital naissant – faute de soutien de l’état – non pas pour dénoncer le montage de la presse dite indépendante qui l’accule à se vendre au plus offrant – mais pour revendiquer pour un magnat ce que l’autre magnat avait obtenu en s’appropriant un quotidien, « Liberté » pour ne pas le nommer, et une chaine de télévision du même groupe.

Les franchissements de ligne rouge deviennent monnaie courante.

En prenant toutes les précautions d’usage, en m’armant de la dite présomption d’innocence, je me demande, dans un autre cadre, comment un homme politique, sur lequel a pesé un mandat d’arrêt international, retiré honteusement, peut-t-il rentrer au pays, sans être inquiété. Sans déranger par sa présence les services spécialisés, police et justice, pas curieuses pour un sou pour obtenir des clarifications autour des « faits » dont on l’accusait. Dont on ne l’accuse plus. Curieusement.

Le retrait de ce mandat international veut-il dire que les éléments constituant la procédure ne tenaient pas ? Diantre ! M. Belkacem Zaghmati, procureur près de la cour d’Alger, qui avait annoncé en Aout 2013 le lancement de mandats d’arrêt international contre l’ancien ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, sa femme et ses deux enfants, dans l’affaire de corruption de « Sonatrach 2 » est un homme d’expérience. Aurait-il donc mal ficelé le dossier ?

La réponse : le 21 Septembre 2016 il est mis à la retraite.

Dans mon coin, je souhaiterai que l’on m’explique tout cela pour m’ôter le doute. Pour me convaincre que nous sommes tous égaux devant la loi. On ne peut pas soupçonner un jour, de mauvaise gestion, de commissions occultes, un haut fonctionnaire de l’état et, le lendemain, le laisser courir les zaouia en quête d’honorabilité, de reconnaissance, de doctorats honoris causa es Zaouia.

La presse, aussi flottante, en termes de pouvoir, que les trois précédents, qui entend justifier son quatrième rang, suppute, aujourd’hui, sur les chances de M. Khelil de parvenir à la magistrature suprême. Elle mise sur une embrouille constitutionnelle pour qu’il parvienne à ses fins puisqu’il ne remplit pas toutes les conditions d’accès à la magistrature suprême de part sa situation familiale. Sinon, obtenir la position de Premier Ministre. Pourquoi pas. Rien n’étonne plus personne.

Le fait est que dès 88, avec l’ouverture de la vie publique aux partis, et à une presse prétendument indépendante, mais si dépendante pourtant de la publicité institutionnelle qu’alloue le pouvoir selon les lignes politiques défendues par les organes, le fait est donc que tout était mûrement réfléchi.

La presse, tenant compte de l’emprise du privé, ne peut vivre, faire son travail d’information, aller, quand il le faut, contre la politique des propriétaires des médias. Y croire c’est de la naïveté pure. A-t-on jamais vu un tramway changer de route à sa guise ?

Il faut remonter loin, au lendemain du décès du Président Boumediene, pour voir, par petites touches, se dessiner ce que sont, de nos jours, les contours de notre politique économique, du futur de la presse, de la politique tout court. Curieusement, les mentors de cette politique sont les enfants de paysans pauvres qui ont pris le maquis au nom de la justice dont on les privait, au nom de l’honneur d’être algérien, ces enfants là, éduqués quand ils se trouvaient, pour certains, dans les casernes de l’armée des frontières, pour d’autres dans les universités étrangères, militants de l’indépendance et de la justice, devenus des politiques, ont ouvert les vannes au capitalisme sauvage. En signant la mise à mort de la Révolution Agraire, en livrant le complexe sidérurgique – notre fierté nationale – à un « casseur ». En démonétisant notre industrie naissance. Et prometteuse.

Ils nous ont conduit dans une voie qu’emprunta un certain Gorbatchev qui se croyait plus malin que le capitalisme mondial. Pour se réveiller un matin avec une Russie dépouillée de l’Union Soviétique. Celle qui engendra Eltsine de triste mémoire et ses oligarchies.

Quatrième pouvoir ?

Commençons par reconstruire l’Etat et ses fondements, ceux contenus dans toute respectable Constitution. Sans attendre, les bras croisés, l’hypothétique étincelle. L’étincelle que souhaitent les uns, que craignent les autres, si rien n’est fait de notre coté, par nous et pour nous, l’étincelle qui allumera, ou alimentera, le moment venu, la machine des réseaux sociaux, technique made in USA, testée avec succès, hier en Europe, ensuite dans le monde arabe et, à présent en Amérique Latine, au Venezuela et au Brésil, contre des régimes et des économies autrement plus solides que les nôtres, qui se fissurent pourtant, nous faisant craindre le pire, sous les coups de boutoir de leaders peu recommandables. Justiciables même. Qui ne craignent rien des lois. Qui les protègent même.

Je dois avouer que la fable de la grenouille, en exergue, n’est vérifiée, en fait, que sur une grenouille décérébrée, a montré le physiologiste allemand Friedrich Goltz en 1869.

La grenouille saine cherche à sauter hors du récipient quand la température du bain atteint 25 °C.

Catégories : Chroniques

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