Sécurité et la politique étrangère des nations

Michel Onfray : « L’Occident attaque, prétendument pour se protéger, mais il crée le terrorisme ». 13 Sept 2015

« Si vous mobilisez des savoirs soi-disant académiques pour justifier leurs actes par la théologie musulmane, vous jouez dans leur camp et renforcez leur crédibilité. S’est-on penché sur les textes marxistes pour expliquer les crimes d’Action directe, ou de la bande à Baader ou le goulag ? Chercherions-nous dans les Évangiles une justification des Croisades ou du génocide des Indiens d’Amérique ? Non ». George Corm 22.07.2015, ancien ambassadeur du Liban.

 

Le 2 octobre 2015, Paris Match avait prédit un 11 septembre à la française.
La menace est bien réelle, indiquait le juge Trévidic dans une interview.
Les services de renseignement redoutent un 11-Septembre français. Le reportage affirmait que ces attentats étaient impossibles à déjouer. Et la capitale française fut frappée.

 

Barbarie. Mais encore …

Sur la place de République, à Paris, des citoyens étaient venus déposer des fleurs ou allumer des bougies, en hommage aux victimes des actes de terreur. Une ampoule électrique éclate non loin. Fuite éperdue, dispersion de la foule paniquée.

Un homme demeure debout. Imperturbable. Poursuivant ses prières.

Secondes images, les capitales du monde aux couleurs de la France. Bel hommage. Que n’ont pas connu les palestiniens de Ghaza écrasés sous les bombes. Ni les flottilles, par deux fois arraisonnées par la marine sioniste, le 41 Mai 2010 et le 29 Juin 2015, embarcations à bord desquelles se trouvaient quelques êtres humains, au sens plein du terme, tentant de forcer le blocus imposé par l’envahisseur, pour décharger des produits alimentaires aux assiégés et leur prodiguer quelques réconforts. Leur signifier qu’ils ne sont pas abandonnés de tous. Des volontaires, turcs, y perdront la vie.

Là, ce n’était pas encore un acte de guerre. Ni de piraterie maritime.

Ces derniers jours, nulle part on ne vit les couleurs du drapeau palestinien sur les édifices officiels de part le monde pour dire que l’acte barbare contre le peuple de France n’était pas exceptionnel. Sauf …

La Pyramide de Chéops.

Aux couleurs de la Russie – qui a subi une première attaque contre un appareil civil explosé au dessus du Sinaï, faisant 224 morts, le 31 Octobre – du Liban, meurtri une nouvelle fois, par un double attentat faisant 44 morts à Burj al-Barajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth le 12 novembre 2015 – et de la France. Timide incursion dans le monde de la communication. Mais acte de paix incontestable, tout de même. De rappel.

Dans le silence total des média, plus de six millions de congolais meurent de faim. Dans le silence total, dans la matinée du 16 décembre de l’an passé, 132 enfants étaient assassinés à Peshawar par des Talibans ! Des enfants de militaires. Ceux-là, personne n’en a entendu parler. Ou si peu.

La liste macabre n’est pas exhaustive.

Sur la tragédie, le cauchemar, vécu par la capitale française, la nuit du vendredi 13 Novembre, et la suite, ce mercredi 18 Novembre dans les rues de Saint Denis, tout a été dit. Ou presque. Sauf chercher dans les insuffisances de l’Europe, telle qu’elle a été constituée, telle qu’elle s’est élargie, les raisons d’une telle meurtrissure. Les experts et politologues, pour expliquer ces actes d’une rare violence, ont pointé du doigt vers les fêlures dans les liaisons et échanges d’informations entre les services de sécurité. Seulement. En réalité, ils semblent être loin du compte. La source du terrorisme international c’est, avant tout, l’appréciation de la conduite de la politique étrangère de certaines nations qui prennent leurs distances vis à vis d’une entité politique globales à laquelle ils appartiennent. Dans ce cas, la communauté européenne.

De cet ensemble, constitué de 28 nations, seules deux nations, la Grande Bretagne – Le 7 juillet 2005, quand quatre explosions prirent pour cible les transports publics de Londres, faisant 56 morts et 700 blessés –  et la France, avec ses 129 morts et 352 blessés, dont certains luttant entre le vie et la mort, en ce triste vendredi 13 Novembre ont été, à ce jour, les cibles « privilégiées » de la terreur, en termes d’objectifs et de résultats lourds. Si l’on exclu l’attentat du musée juif de Bruxelles, du 24 Mai 2014. Le Premier Ministre britannique, M. Cameroon, indiquait encore, durant le sommet du G-20, que ses services de renseignements avaient déjoués plusieurs attaques.

Deux capitales donc, Londres et Paris qui se distinguent de l’ensemble européen en s’impliquant dans la complexe situation prévalant au Proche Orient où elles ont pris part en y envoyant des troupes, en intervenant sur des objectifs ou concentrations armées. Là où leurs intérêts effectifs ne sont pas évidents en termes géostratégiques, tenant compte de leur poids respectifs dans la gestion du monde.

Le juge anti terroriste, M. Marc Trévidic explique: « La France est devenue l’allié numéro un des Etats-Unis dans la guerre contre Daech et les filières djihadistes. Nous combattons par les armes aux côtés des Etats-Unis. Nous avons mené des raids aériens contre l’EI en Irak. Maintenant, nous intervenons en Syrie. De plus, la France a un lourd «passif» aux yeux des islamistes. Pour eux, c’est toujours une nation coloniale, revendiquant parfois ses racines chrétiennes, soutenant ouvertement Israël, vendant des armes aux pays dits «mécréants et corrompus» du Golfe ou du Moyen-Orient ».

Frappes aveugles, injustifiables, tout de même. Mais tenter de comprendre.

« Nous sommes en guerre », déclara le chef de l’état français devant les représentants de l’Assemblée Nationale et su Sénat réunis en Congrès à Versailles lundi 16 Novembre. « Nous sommes en guerre » reprenait le premier ministre français, M. Manuel Vals. Qui l’a provoquée ? De si loin ? Contre des pays où la France gaulliste ne comptait que des amis ?

L’Irak doit tomber, disait-on, il y a quelques mois. « Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés » clamaient, dans les pages du Monde, en Avril 2003, dans un texte intitulé « la faute », les « philosophes » Glucksmann et Pascal Bruckner ainsi que le réalisateur Romain Goupil. Pour obtenir le chaos que nous connaissons. Puis, ce fut au tour de la Libye. Un philosophe,  persuada, en mars 2011, le président Nicolas Sarkozy d’intervenir pour raser le pays et faire assassiner Moamar Kadhafi. Pour aboutir, là encore, au même résultat. Plus tard, ce fut le tour de la Syrie. « Assez de dérobades, il faut intervenir en Syrie ! », écrivaient un trio composé de André Glucksmann, l’ancien ministre des Affaires étrangères et cofondateur de Médecins sans frontières Bernard Kouchner, et le philosophe et directeur de la revue, La Règle du jeu, Bernard-Henri Lévy. Tous trois cosignataires, lundi 22 octobre, d’un appel dans les colonnes du journal Le Monde. En apothéose, le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, affirmait que « Bachar Al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre » tandis que M. Hollande évoquait sa « neutralisation ». Propos forts de ces deux derniers, responsables d’un état de droit. Prenant le relai de meneurs d’opinions aux visées bien comprises, ces discours, ces appels ont entrainé un pays, un peuple dans une guerre à laquelle il n’était sans doute pas préparé. Dont il ne voulait certainement pas.

Joignant la parole aux actes, aux velléités d’actions, le Président François Hollande n’était pas loin d’engager des opérations si les Etats-Unis n’avaient pas renoncé, prudents, à des actions militaires en Syrie. Aujourd’hui, il y revient. Cette fois avec l’appui et le feu vert américain. En déployant, dès jeudi prochain 19 Novembre, le porte avion nucléaire Charles de Gaule, du nom du général, qui n’aurait pas engagé si loin les troupes françaises soucieux de l’indépendance de la France et de sa « politique arabe ».

Guerre en Terra incognita.

La Syrie n’est pas la Libye. Elle fait partie du dispositif russe en méditerranée. Penser qu’elle pouvait tomber procède d’une indigence intellectuelle. Mais l’aventure est là. Pour se renseigner sur le terrain, les Etats-Unis, pas plus informés du reste, sont sollicités. Quant à la France, de quels moyens d’information dispose-t-elle pour intervenir en Syrie, contrer et, prévenir les attaques ? Le juge anti terroriste Marc Trévidic répond : «  ils sont clairement devenus très insuffisants ». « Les politiques prennent des postures martiales, mais ils n’ont pas de vision à long terme. Nous, les juges, les policiers de la DGSI, les hommes de terrain, nous sommes complètement débordés. Nous risquons d’«aller dans le mur».

Le juge sait de quoi il parle.

Dans cet entretien accordé au Télégramme, le 25 Septembre, il affirmait, « j’ai acquis la conviction (en quinze ans de traitement du phénomène djihadiste) que les hommes de Daech ont l’ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d’ampleur incomparables à celles menées jusqu’ici. Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l’EI entend porter sur notre sol n’a pas encore commencé ». Il ajoutait : « Et puis, il reste «le prix ­Goncourt du terrorisme» à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n’imagine pas un instant qu’un homme tel qu’Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d’opérations extérieures de peu d’envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l’Hexagone ».

L’analyse n’a pas été prise en compte.

En réponse, un dispositif législatif est mis en place « à la faveur des évènements du 7 janvier dernier, les tueries de «Charlie Hebdo» et de la supérette casher ». « Le pouvoir a décidé d’une loi donnant tout pouvoir au renseignement hors contrôle judiciaire. Il oublie une chose élémentaire : En France, ce sont les juges qui décident où non d’arrêter les gens, de les mettre en garde à vue, de les placer en détention. Tout ce qui se décide sur la base de renseignements purs, hors contrôle d’un juge, n’a aucune valeur légale. Et le danger lorsque le renseignement tourne en roue libre, c’est qu’on intervienne trop tardivement… Notre système a été très efficace pendant des années parce qu’on intervenait très en amont, et en parfaite adéquation avec les agents de la DST. On récoltait des preuves et dès que quelqu’un menaçait de passer à l’action, le lendemain à 6 heures du matin, on lui tombait dessus. Jamais, jamais une personne surveillée judiciairement n’a pu passer à l’action, jamais ! On ne peut pas en dire autant de ces djihadistes affiliés à EI dont on s’aperçoit que tous ou presque ont fait l’objet d’une surveillance, donc d’une fiche «S», ce qui ne les a pas empêchés d’agir ».

Un réquisitoire.

 « Et maintenant, on fait quoi ? » lisait-on sur une pancarte que brandissait une enfant présente, avec ses parents, sur l’un des sites visé par les terroristes.

Les « influents » sont mis au rencart.

En France, réalisme oblige, le Président Hollande annonçait au Congrès réuni à Versailles, une série de mesures sécuritaires, la possibilité d’étendre l’état d’urgence à trois mois – qui ne fait pas l’unanimité – celle de déchoir de la nationalité les titulaires d’une double nationalité. Et et bien d’autres mesures ce qui fait dire, à des députés, qu’il s’agit là d’un « Patriot Act » français. Dont les résultats de sont pas probants. Il prend également date avec le secrétaire d’état américain arrivé en France, M. John Kerry, mardi 17 Novembre, pour quantifier ce changement de politique française. Ensuite, avec Vladimir Poutine, le Président Russe, avec lequel il évoque « la coordination des efforts ». Avant une nouvelle rencontre prévue entre MM. Obama et Hollande prévue mardi 24. Pour évoquer l’entretien que le chef de l’exécutif US a eut avec le Président Russe, en marge du G 20, en Turquie, le week-end précédent, qui aboutit, sinon à un accord, du moins à une compréhension mutuelle. Qu’il faut mettre en œuvre. L’idée première, en somme, que le Président Russe préconisait pour abattre Daesh dans son discours aux Nations Unies.

La France ne pose plus comme condition le départ du Président Assad.

Tout ça, ces morts, ces blessés, pour en arriver là ?

Absent des débats entre « Grands » l’entité sioniste s’invite au débat. « La terreur en France est la même la terreur qu’en Israël, à Jérusalem, à Tel-Aviv – chaque endroit dans le monde », déclare M. Habib, ami de M. Netanyahou, double national, élu député français, en 2013, pour représenter les citoyens français vivants à l’étranger dans les pays méditerranéens telles la Turquie, l’Italie, la Grèce et Israël. M. Benjamin Netanyahu complète sa pensée, le 15 Novembre. « Le temps est venu  pour que le monde condamne les attaques terroristes contre les Juifs en Israël comme il l’a fait pour les attaques qui ont eu lieu vendredi soir à Paris » lui fait dire le « Times ».

L’agresseur et l’occupant qui demande la condamnation de l’oppressé !

Le monde se réveille donc, aujourd’hui, avec une région entière, utile, atteinte d’un cancer généralisé. Qui a généré des métastases en Europe. La thérapie ne pourrait être uniquement sécuritaire. La médication multiple. Politique. Avec tout ce qu’elle implique de chantiers à ouvrir. Comme une critique interne à chaque état européen en vue d’une politique étrangère européenne commune. Une politique indépendante, ouverte à la coopération internationale. Pour porter une voix, emprunter une voie alternative. Possible ?

Pas si sûr.

Catégories : Chroniques

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