Oui, « et Maintenant ? »

Un siècle fut le temps géologique nécessaire à la terre pour changer de polarité. Ce qui était le pôle sud devint le pôle nord. Les traces et les mesures sur des roches l’attestent. Le géophysicien Motonori Matuyama a été le premier scientifique « à postuler que le champ magnétique terrestre a connu des inversions dans le passé ». Il y a 786.000 ans ! Tout le monde s’en est accommodé et l’homme a poursuivi son chemin pour devenir ce que nous sommes.

Il a fallu 15 ans à l’Algérie, pour connaître une inversion de polarité. Pour marcher. Sur la tête. Exercice inconfortable, me direz vous. Exercice de cirque. A voir les têtes des gens de pouvoir, ces derniers jours, personne n’ose plus arborer le sourire de circonstance qui concluait, la veille, leur négation de la crise pourtant évidente pour un maraicher ou un chauffeur de taxi. Sourire deviendrait, dans ce cas, un crime de lèse majesté. Il serait pris pour un ricanement. L’Algérie se trouve en situation difficile puisque ce fut dit officiellement.

Un journaliste a écrit que nous étions devenu, depuis, « un peuple triste ». Ce n’est pas de la tristesse. Ce serait plutôt la tête qu’auraient des femmes et des hommes les lendemains de nuits agitées. Et de la dépression. Résultat de la diffusion du communiqué du conseil des ministres, sous la présidence de M. Abdelaziz Bouteflika, qui nous invita à envisager d’autres lendemains moins joyeux. Depuis nous savons, c’est officiel, nous allons en baver. Et le Prozak, ou tout autre anti dépresseur, n’y fera rien. Les ministres sont appelés à nous informer de la situation. Que nul n’ignore. Faudra attendre un autre conseil des ministres, et une autre communication, pour apprendre quelles mesures doivent être appliquées, en réaction. Toujours en réaction. Jamais en prévision !

C’est dur. Nous étions riches, hier, et nous voici pauvres, aujourd’hui.

Comme tous les pauvres, nous avons oublié notre pauvreté quand la richesse s’est déversée, sans gros efforts, pour certains – loin de moi l’idée d’insulter ceux qui s’acharnent à faire de ce pays un grand pays et un endroit agréable à vivre – devant nos portes. Les gagnants des jeux de hasard ne font jamais des riches le temps qui leur reste à vivre. Encore moins des capitaines d’industries. Les « nouveaux riches » dépensent sans compter. Ils achètent un club de football et des joueurs. Chez nous, ils louent les services des sociétés étrangères pour porter la nourriture à nos bouches. Des villas à Marbella ou ailleurs. Que l’on revendra un jour. Avant d’emprunter la route de l’exil. Nu. Comme Mobutu et sa famille, chassés du Zaire, ainsi nommé par lui, accueillis par le Maroc, photographiés dans une sombre et exigue salle à manger d’une résidence de seconde zone, autour d’un plat de couscous. Sans viande.

Que reste-t-il ? El supiro del mauro ! Version Octobre 2015.

A l’origine, une erreur de casting.

Celui qui déclarait que le pays allait mettre en place un système qui allait « survivre aux hommes » n’était plus de ce monde. Et les hommes, imprévisibles, lui prouvèrent qu’il eut tord de le penser. Et nous le faire croire. Par touches successives, la polarité du monde dans lequel nous vivions fut inversée. Autour du slogan « pour une vie meilleure ». De ce congrès du FLN. Où on leva la main pour approuver le choix d’un conclave qui prenait sa revanche.

Des générations, démonétisées, se sont succédées pour connaître, les unes après les autres, ce que Youssef Merahi appelle, dans sa dernière chronique du « Soir », « les désillusions d’un âge sans victoire ».

Je déteste cette phrase. Parce qu’elle est belle.

Parce qu’elle dit vrai !

Repartir donc de zéro, faute d’héritiers.

Nabni, un collectif d’experts, s’est penché sur le corps économique du pays pour recommander une médication. Peu d’écho. En face, ils savent tout. Aujourd’hui, les mêmes experts reviennent à la charge. Ils nous prédisent, cette fois, le sort du « Titanic » fonçant sur l’Iceberg. Ce n’était pas la potion magique de Panoramix, le druide gaulois de la bande dessinée, mais la somme des propositions méritaient au moins discussion. Sinon retenues. Histoire de galvaniser les groupes, ici et là, qui discutent de l’avenir de leurs enfants, d’oser contribuer aux débats dans l’espoir d’effleurer les oreilles des « décideurs ».

Les propositions de ce panel d’experts dont sont contenues dans leur programme intitulé « Nebda ». « Commencer ». L’urgence. Moi, mes yeux sont là pour lire, parfois, ce que mon cerveau, ou ce qu’il en reste, tient pour impératif. Alors ils ont été accrochés par ce même mot avec une faute de frappe. Sans doute. Ou un fait exprès, je ne sais pas. Ce même mot qui se terminait sur une voyelle double. Le « a ». Je lus donc clairement « Nebdaa » dans l’article de présentation de l’entretien du porte-parole de cette organisation. Vrai. Nebdaa. « Créer ». Subliminal ?

A court d’idées – ou est-ce pour diluer la responsabilité – à court de pétrole, à court de gaz dans pas très longtemps, un pied dans le vide, le gouvernement condescendra à inviter d’autres ressources, comme on dit, ceux qui ont lancé d’inaudibles alertes depuis longtemps, pour qu’il lui rappelle ce qu’il n’a pas eu le temps de prendre en compte. On rapporte que les « inquiets » ne se sont pas gênés pour dire leur fait aux « responsables » qui ont subi leurs assauts durant 4 heures, pour certains ministres, 6 heures, pour d’autres. Optimiste, j’ai cherché le « verbatim », mais il ne faut pas rêver, au moins les points forts de cette rencontre dans les sites officiels et officieux. Rien.

J’en suis là. En attendant, je ne désespère cependant pas en attendant un nouveau casting. « En fumant du thé », comme le dit si joliment Hakim Laalam, en conclusion de ses billets. En espérant, toutefois, que l’inversion de la polarité politique du pays ne prendra pas cent ans.

Catégories : Chroniques

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