Dans notre langage courant, cette terrible…

Dans notre langage courant, cette terrible expres­sion qui avait, certes, un sens pour résister aux invasions barbares, exprime, de nos jours, une dramatique méprise. Elle illustre le repli sur soi.

« Notre âne plutôt que leur cheval ». Voilà de quoi il s’agit.

Nous avons une bien piètre opinion de l’âne qui rendait, et rend encore, d’innombrables services au quotidien. Sans rechigner à la tâche. C’est un laborieux. Il y eut des prophètes qui l’utilisèrent comme moyen de trans­port. N’est-ce donc pas à lui que devrait revenir la noblesse ? Eh bien non. Pourquoi ce mépris ? Parce qu’il obéit aux injonctions, aux ordres.

Et le cheval ? Est-il la noblesse personnifiée ?

Demandez aux Indiens ce qu’en pensaient leurs ancêtres quand ils les vi­rent, pour la première fois, montés par les criminels Cortez ou Chris­tophe Colomb, et leurs spadassins, et leurs suivants qui organisèrent l’éradication totale des indiens de l’île de Haïti, par exemple, au nom de leur mission civilisatrice. Travail achevé plus tard – génocide dont on parle trop peu et dont aucune commémoration n’est organisée ni plaque ne le rappelle– sur le continent américain dans toute son étendue. A cheval, oui. Celui des convois organisés pour envahir l’Ouest, monture de la cavalerie, celle qui arrivait toujours à temps pour sauver les envahisseurs blancs encerclés derrière leurs charriots.

L’âne, lui, n’a pas été le supplétif. Il est innocent de ces crimes. Il était trop méprisable pour « mériter » de participer à la boucherie. Pour le punir, on continue de le trainer dans la boue, au sens propre comme au figuré, et de traiter certains hommes, qu’on ne tient pas en haute estime, d’ânes bâtés ! Indifférent, il n’a même pas changé de statut ou réclamé son dû à Ali Baba quand ce dernier découvrit le trésor des 40 voleurs. Ali Baba, le voleur des voleurs, comme chacun sait, en dehors d’être un fratricide. Qu’est-ce que ça lui aurait coûté de partager le butin avec son frère Kassim ? Arrêtez vous, dans votre narration de ce conte, à la mort de Kassim et demandez à vos petits d’imaginer la suite. Dans leur innocence, ils en arriveront à condamner Ali Baba. Essayez et vous verrez.

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