L’intention, ici, n’est pas de mettre…

L’intention, ici, n’est pas de mettre au chômage technique les milliers de muezzin, certains bénévoles, à travers les 2 381 741 km2 et les 6 385 km de frontières terrestres du plus vaste pays d’Afrique, le notre. Mais, au cours de leurs séjours à l’étranger, nombreux sont les algériens qui ont sans doute remarqué qu’en Jordanie, par exemple, tous les massajide sont reliés à une station radio diffusant en perma-nence des lectures du Coran et qui, à l’heure des prières, diffusent al Adhan, par hauts parleurs interposés des lieux de prières, dans un chœur parfait.

Heureux les habitants de Amman qui ne sont pas réveillés, aux premières lueurs du jour, par la cacophonie des hauts parleurs diffu-sant leurs décibels d’Est, de l’Ouest, du Sud et du Nord de chaque quartier, mettant, à vifs, les nerfs des bons musulmans à cause des quelques secondes d’avance ou de retard des montres des préposés à l’appel à la prière, à l’heure où ils ont besoin de sérénité pour prier.

Encore plus angoissante cette cacophonie des appels quand vient l’heure de casser le jeun du mois sacré de Ramadan. Il n’y a que les algérois qui ont le bonheur de connaître la modernité et les appels télévisés. Je les envie, très fraternellement.

Constatons d’abord que tous les muezzins n’ont pas la voix appropriée. N’est pas Bilal qui veut. Dès lors, une seule voix appelant à la prière permettrait de la sélectionner, douce, chaude, humaine, la plus henina qui soit pour appeler hommes et femmes à la prière pour une invite à un oubli de soi afin d’entrer dans une autre dimension, une communion spacio-tempo-spirituelle tout à fait exceptionnelle.

Seul casse tête, l’étendu du pays. Et le décalage horaire entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. Mais il n’est pas interdit de connecter les massajide des petites villes et villages à une source radiophonique unique qui tiendrait compte de ces écarts.

Ceci dit, le nombre de lieux de prières au kilomètre carré est tout à fait impressionnant en Algérie pour permettre de ne recourir qu’à la voix humaine et à sa portée pour appeler à la prière. Cela suffi-rait largement pour remplir les massajide aux heures dites.

Il m’est arrivé, dans une vie antérieure, si je puis dire, d’avoir suggéré, dans une chronique publiée par le défunt quotidien « La Ré-publique », cette idée. Elle fut retenue et adoptée un temps avant que les sourds et les malentendants, comme on les appelle désormais, n’élèvent des protestations. La prière était, pour ces derniers, une question de décibels.

On ne voit plus les muezzins en haut des minarets qui ne sont plus qu’un artifice architectural alors que sa fonction première est de porter la voix. Comme quoi, même les architectes sont pieds et poings liés devant les conservateurs d’un autre temps. Ils n’osent pas dessiner un lieu sans un minaret qui n’a rien de sacré, que je sache. J’ai tord ?

Contre les modernistes qui trouvent que ces appels, dans la journée, brisent, dans les unités de production, la cadence dans le tra-vail, il faut peut-être rappeler qu’en Asie, par exemple, des usines or-ganisent des séances de concentration, de relaxation, en plein milieu de leurs horaires de travail, pour que leurs travailleurs se retrouvent ensuite, dans de meilleurs dispositions, leur énergie intérieure décuplée pour une meilleure production.

Ces capitalistes ! Ils n’en ratent pas une.

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