Non assistance à Président en danger

DSB_2989Il y a des mots qui surviennent comme ça. Glauque. Opacité. Un autre leur court après. Pathétique. Après la performance à la télévision, en recevant le premier ministre français, M. Jean-Marc Ayrault, et la gestuelle millimétrée, re­prise sous différents angles, pour nous faire croire ce qu’on ne pouvait croire, nous voici devant un tour de passe-passe. Le président est admis au Val de Grâce, le président retourne au Val de Grace pour, cette fois, nous as­sure-t-on, un suivi suite de son précédent séjour. On aurait pu nous le dire avant. Ca aurait tué toutes formes de spéculation. Alors c’est glauque, oui. Vous préférez opacité ? Peut-être pas, finalement. Mais l’ensemble de la con­duite des dirigeants, vis à vis de l’opinion, confère, comment dit-on ? Oui, pathétique.

Pourquoi s’accroche-t-il ?

Pourquoi, sauf sous la contrainte, on ne sait pas démissionner. Quand on ne peut plus, on ne peut plus. Basta. Ce n’est pas rendre les armes, c’est les préser­ver. Pour que d’autres les reprennent. Tout aussi simple que ça. Mainte­nant, s’il ne peut plus prendre une telle décision, s’il est en incapacité de décider de son départ, alors il y a problème.

Nous sommes responsables de cette situation. Il faut regarder à droite, à gauche, éplucher tous les textes législatifs en vigueur, la Constitution pour dé­couvrir que le cas a été prévu et qu’un coup de pouce peut-être salvateur. Ca s’appelle l’empêchement. Les conditions exceptionnelles qui font que l’exercice du pouvoir, ou du moins de ses prérogatives, de ses attributs, condui­sent à en soulager un responsable, dans le cas d’espèce, un président.

Sinon, on tomberait, nous tous, sous le coup de « non assistance à personne en danger ». L’homme est en effet en danger. Le pays aussi. Surtout. On vient de s’apercevoir qu’il n’y a pas de pilote dans le cockpit. C’est l’hôtesse qui nous le dit. C’est parfait tant que le pilotage automatique est en­clenché mais, à un moment ou à un autre, nous prévient-elle, il faudra bien atterrir. Et l’atterrissage, après le décollage, est un moment critique. D’autant que les vents latéraux soufflent sur la piste.

C’est par respect pour la fonction présidentielle, par respect pour ceux qui l’auraient élu que cette demande urgente de mise à l’écart est suggérée. Et si elle ne plait pas à ceux qui sont les supports du système-fait-homme-d’état, faites nous une fleur. Accordez lui une année sabbatique. Pour qu’on cesse d’avoir des angoisses sur sa santé.

Ce n’est pas que l’on ne veuille plus s’intéresser à son cas. Nous sommes hu­mains. Mais, quand on bloque la voie, il y a la voie de garage.

Parce que vous verrez, si on ne bouge pas, si on ne veut pas sauver le soldat Bouteflika, il y a des risques. Plus personne ne reconnaitra l’autre dans le champ des ambitions. Et comme il y aura toujours quelqu’un pour nous rappe­ler que nous sommes un peuple capable de tous les miracles, que nous pouvons dépasser cette douloureuse phase, il y en aura qui profiteront pour nous fourguer n’importe quoi. Comme un bout de bois. Et nous l’appellerons, « monsieur le président ».

Et nous savons tous ce qu’un bout de bois veut dire.

Catégories : Chroniques

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